Intelligence Artificielle

Région Sud, Terre d’IA : construire ensemble une adoption utile, accessible et souveraine

Kaltouma JBARAKaltouma JBARA
Kaltouma Jbara dans le public du séminaire Région Sud, Terre d’IA, consacré à l’adoption de l’intelligence artificielle.

Avec l’Acte II de son plan pour l’intelligence artificielle, la Région Sud poursuit une ambition qui nous concerne tous : permettre aux citoyens et aux entreprises de comprendre l’IA, de l’utiliser et d’en garder la maîtrise. Pour y parvenir, la coopération entre institutions, chercheurs, formateurs, entreprises et utilisateurs est essentielle.

Le 28 octobre, j’ai participé au séminaire « Région Sud, Terre d’IA ». Cette demi journée réunissait des acteurs du territoire pour partager les avancées, présenter les nouveaux engagements et travailler sur les prochaines actions communes.

J’en suis ressortie encouragée par la mobilisation et avec une conviction : nous avons beaucoup à gagner en rapprochant encore davantage ceux qui font découvrir l’IA, ceux qui la conçoivent et ceux qui l’utilisent au quotidien.

En tant que cofondatrice de Propelsia, c’est aussi avec le regard des indépendants et des professionnels de service que j’ai suivi ces échanges. Comment rendre cette transformation accessible à une personne qui exerce seule, accompagne ses clients et dispose de peu de temps pour explorer de nouveaux outils ?

Les initiatives présentées apportent des premières réponses. Leur articulation sera déterminante pour la suite.

Une démarche régionale qui s’inscrit dans la durée

La chronologie présentée pendant le séminaire rappelle que cette mobilisation s’est construite progressivement : un premier temps de diagnostic et de coconstruction en février 2024, l’adoption du plan régional en octobre 2024, puis le partage des premières actions en janvier 2025.

L’ouverture de l’Acte II en octobre 2026 prolonge ce travail.

Cette continuité compte. L’adoption de l’IA demande de la pédagogie, des expérimentations et un accompagnement dans le temps. Les besoins évoluent à mesure que les personnes découvrent les possibilités, rencontrent des difficultés et précisent leurs attentes.

La présentation officielle de l’Acte II du plan « Région Sud, Terre d’IA » couvre la période 2026-2028. Elle met notamment l’accent sur une IA responsable et plus sobre, la formation, l’accompagnement des petites entreprises, les technologies maritimes embarquées et la maîtrise des outils numériques.

Je trouve particulièrement encourageant que cette ambition associe les usages, les compétences et les conditions de confiance nécessaires pour avancer.

Des initiatives qui rendent l’IA plus accessible

Plusieurs exemples présentés lors du séminaire illustrent les différentes étapes de l’adoption : découvrir, comprendre, expérimenter, puis intégrer un usage dans son activité.

Terra Numerica : créer les conditions de la compréhension

Les actions de Terra Numerica présentées pendant la journée montrent l’importance de la culture scientifique et de la médiation. Les ateliers, les ressources pédagogiques et les rencontres permettent d’aborder le numérique et l’IA auprès de publics variés.

Cette première étape est fondamentale. Pour utiliser une technologie avec discernement, il faut pouvoir comprendre ses principes, poser des questions et reconnaître ses limites.

À mes yeux, une sensibilisation réussie donne aux participants la confiance nécessaire pour explorer, mais aussi le recul nécessaire pour ne pas accepter automatiquement tout ce qu’un outil produit.

Move2Digital : accompagner le passage à l’action

Pour une entreprise, comprendre l’intérêt de l’IA ne suffit pas toujours à savoir par où commencer.

Move2Digital propose un accompagnement à la transformation numérique comprenant notamment l’évaluation de la maturité digitale, l’expérimentation avant investissement, la formation et l’orientation vers les financements.

L’intérêt de cette approche est de partir des besoins de l’entreprise et de sa situation. Un premier diagnostic peut aider à identifier un usage pertinent, puis à construire une progression adaptée.

Pour les petites structures, cette orientation peut faire une réelle différence : elle permet de sortir d’une exploration dispersée et de donner un objectif concret aux premiers essais.

Un parcours de formation pensé pour les TPE-PME

Le séminaire a également présenté un projet de MOOC modulaire destiné aux TPE-PME, organisé autour de quatre étapes :

  • Comprendre les usages et les cas concrets.
  • Décider en tenant compte des prérequis, des bénéfices attendus et des risques.
  • Sécuriser la démarche.
  • Mettre en œuvre avec un accompagnement adapté.

Ce parcours, présenté dans les engagements de l’Acte II, traduit une logique intéressante : relier les connaissances à la décision, puis à l’action.

Son utilité dépendra aussi de sa capacité à parler le langage des métiers. Pour un professionnel de service, une formation devient plus accessible lorsqu’elle part d’une situation qu’il reconnaît : organiser les demandes, préparer un rendez-vous, retrouver une information ou assurer un suivi régulier.

Kikleo dans les lycées : un exemple de coopération autour d’un besoin réel

Le témoignage de Kikleo m’a particulièrement intéressée parce qu’il montre comment une solution peut s’inscrire dans un problème concret : le gaspillage alimentaire dans les lycées.

Selon les données présentées pendant le séminaire, 47 lycées étaient équipés et 31 accompagnés. La présentation faisait état de 180 000 euros d’économies estimées sur le gaspillage des convives, avec une précision importante : ce calcul concernait les retours de plateaux, hors pertes en cuisine.

Ces résultats ont été communiqués par les intervenants ; ils ne constituent pas une évaluation indépendante de ma part.

Au-delà du chiffre, la méthode mérite l’attention : mesurer, analyser, puis agir pour réduire le gaspillage. La suite présentée portait également sur l’accompagnement dans la durée et la comparaison des résultats.

Cet exemple rend visible la complémentarité des rôles : une entreprise développe une solution, des établissements l’utilisent, les équipes de terrain contribuent à son déploiement et les résultats permettent d’ajuster les actions.

C’est ce type d’expérience documentée qui aide à comprendre où l’IA peut être utile et dans quelles conditions.

L’Acte II place la souveraineté au cœur de la démarche

Pendant le séminaire, la souveraineté a été présentée comme le fil conducteur de l’Acte II, autour de quatre principes :

Principe présenté

Ce qu’il implique pour l’adoption

Utilité

Relier les usages aux besoins humains, économiques et collectifs.

Accessibilité

Permettre à chacun de comprendre et d’utiliser l’IA de manière responsable.

Maîtrise

Encadrer les usages, protéger les données et évaluer les effets.

Liberté de choix

Favoriser l’interopérabilité et la possibilité de changer de solution.

Cette approche donne une portée concrète à la souveraineté : elle concerne aussi les compétences, la capacité à comprendre ses outils et la possibilité de faire évoluer ses choix.

Deux partenariats ont notamment été présentés : une convention-cadre entre la Région Sud et Inria pour 2026-2029, ainsi qu’une coopération avec Hub France IA visant à renforcer la visibilité des solutions souveraines.

Ces engagements ouvrent des perspectives pour rapprocher recherche, entreprises et usages. Leur mise en œuvre sera l’occasion de transformer cette ambition en collaborations observables et en résultats partagés.

Faire travailler ensemble des acteurs qui détiennent chacun une partie de la réponse

L’un des enjeux soulevés pendant les groupes de travail était de mieux fédérer les acteurs de l’acculturation à l’IA et de mutualiser les ressources.

Je crois que cette coopération gagne à partir des contributions de chacun.

Les institutions peuvent faciliter l’accès aux dispositifs, coordonner les initiatives et veiller à ce que les publics moins accompagnés trouvent leur place.

Les chercheurs apportent des connaissances, des méthodes d’évaluation et un regard critique sur les capacités et les limites des technologies.

Les formateurs et les médiateurs transforment ces connaissances en apprentissages accessibles, adaptés aux niveaux et aux métiers.

Les entreprises qui développent des solutions connaissent les difficultés de mise en œuvre : intégration dans les pratiques existantes, compréhension des utilisateurs, accompagnement et amélioration des outils.

Les utilisateurs apportent les besoins réels, les contraintes et les retours qui permettent de vérifier l’utilité de ce qui est proposé.

Cette dernière contribution mérite une attention particulière. Un usage techniquement possible peut rester difficile à adopter s’il demande trop de temps, s’intègre mal à l’organisation ou ne répond pas à une priorité.

Associer les utilisateurs dès la conception permet de repérer ces écarts plus tôt.

Donner davantage de place aux retours terrain des entreprises

Les entreprises sont déjà présentes dans cette dynamique régionale. Le témoignage de Kikleo, les dispositifs d’accompagnement et la cartographie des offreurs de solutions présentés pendant le séminaire le montrent.

Ma proposition est d’approfondir cette participation, notamment dans les actions de sensibilisation et de formation.

Une entreprise qui construit et déploie une solution peut partager bien plus qu’une démonstration : les difficultés rencontrées, les questions récurrentes, les usages abandonnés et les ajustements nécessaires pour obtenir un résultat utile.

Je comprends l’importance de préserver l’impartialité des démarches publiques. Pour organiser cette contribution, on peut définir des formats transparents, ouverts à plusieurs intervenants et centrés sur des objectifs pédagogiques.

Voici trois pistes que je souhaiterais voir davantage développées. Il s’agit de propositions personnelles, et non de mesures annoncées par la Région.

1. Des ateliers communs autour d’un besoin métier

Un atelier pourrait réunir un formateur, plusieurs entreprises proposant des approches différentes et des professionnels concernés par le même besoin.

Par exemple : améliorer le traitement des demandes clients dans une petite activité de service.

Les participants pourraient comprendre les approches, observer leurs limites et discuter des conditions de mise en œuvre. La diversité des intervenants et des critères communs aideraient chacun à se faire un avis.

2. Des expérimentations suivies de retours partagés

Une expérimentation devient particulièrement utile lorsqu’elle précise le besoin de départ, les moyens mobilisés, les difficultés rencontrées et les résultats constatés.

Ces retours devraient aussi documenter le temps de prise en main, l’accompagnement nécessaire et les situations dans lesquelles l’usage n’a pas apporté le bénéfice attendu.

Cela donnerait aux autres structures des repères plus solides pour décider et éviter de reproduire les mêmes erreurs.

3. Des ressources pédagogiques construites à plusieurs

Chercheurs, formateurs, entreprises et utilisateurs pourraient contribuer à des ressources communes : cas pratiques, démonstrations commentées, fiches métiers ou témoignages.

Chaque contribution aurait un rôle identifiable, avec une date de mise à jour et une distinction claire entre les faits observés, les limites et les perspectives.

Cette méthode permettrait de mutualiser les efforts tout en conservant une exigence de qualité.

Garder une place pour les indépendants et les petites activités

Dans cette mobilisation, je souhaite porter une attention particulière aux indépendants.

Leur situation mérite des formats adaptés : ils exercent leur métier tout en gérant leur organisation, leurs clients et le développement de leur activité. Une journée de formation ou une phase de test représente donc un investissement important.

Pour les accompagner, il faut rendre les premières étapes compréhensibles, accessibles et reliées à un besoin immédiat. Cela suppose aussi de recueillir leurs retours, y compris lorsqu’ils abandonnent un outil ou ne comprennent pas comment l’intégrer à leurs habitudes.

Sur le blog de Propelsia, nous abordons par exemple les usages de l’IA pour le suivi et la fidélisation des clients. Ce type de sujet métier peut servir de point de départ à une discussion plus large sur l’organisation, la qualité des informations et la place de la décision humaine.

C’est dans cet esprit que je souhaite contribuer à la dynamique régionale avec Propelsia : partager ce que nous apprenons auprès des indépendants, faire remonter leurs besoins et participer à des échanges qui rapprochent les solutions de leurs usages réels.

Prolonger la mobilisation par des projets communs

Je retiens de cette journée une volonté de faire progresser ensemble la compréhension, les compétences et les usages de l’IA.

Merci à la Région Sud, aux organisateurs et aux intervenants pour ce travail et pour les échanges qui l’accompagnent.

La suite peut se construire autour de projets précis : un public à mieux accompagner, un besoin métier à explorer, une expérimentation à documenter ou une ressource à partager.

En réunissant les bonnes compétences autour de ces objectifs, nous pouvons rendre l’adoption de l’IA plus utile, plus accessible et plus maîtrisée.

En tant que fondatrice, je souhaite prendre ma part dans ce travail collectif, avec l’expérience de Propelsia et la volonté de continuer à apprendre des autres acteurs du territoire.


Vous portez une initiative de sensibilisation, de formation ou d’expérimentation destinée aux indépendants et aux petites entreprises ? Je serais heureuse d’échanger sur les contributions que nous pourrions construire ensemble.


N.B : Cet article s’appuie sur ma participation au séminaire du 28 octobre 2026 et sur les présentations partagées lors de cette demi journée. Pour découvrir le plan régional et les priorités de l’Acte II, consultez la page officielle Région Sud, Terre d’IA. Les propositions de coopération présentées dans cet article expriment mon point de vue de fondatrice d'une solution IA pour TPE et indépendants.

Kaltouma JBARA

Kaltouma JBARA

Co-fondatrice & CEO de Propelsia

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